
Soja et avoine d’automne, Vaux-sur-Morges, 11.09.2013. L’avoine est sèche, le soja est propre. 2013 fut une des rares années de réussite du soja associé, sans perte de rendement en comparaison de la culture pure. (Photo: (c) AGRIDEA, Josy Taramarcaz)
Les producteurs et les chercheurs travaillent à la simplification de la technique culturale, à une maîtrise des coûts et à l’obtention de résultats stables d’année en année. Pour le moment, une mise en place classique de la culture avec un travail du sol (même minimal) avant le semis et un sarclage performant est la seule option sûre.
Depuis plusieurs années, des essais de semis direct, de culture associée et de culture-relai de soja sont menés en Suisse et à l’étranger. Ces techniques s’insèrent bien dans une stratégie d’agriculture de conservation. Mais elles ne sont pas forcément déjà mûres pour une utilisation généralisée.
Cultures associées et sous-semis: résultats d'essais

Semis du soja et de la plante compagne en un seul passage avec ce semoir monograine surmonté d’un semoir Krummenacher. Les plantes compagnes sont semées 4 cm à droite et à gauche du soja. Cela permet de sarcler l’interligne. Photo : FiBL, Maurice Clerc
De 2011 à 2017, le FiBL, Progana, la Haute-école d’agronomie (HAFL) et des agriculteurs bio ont testé cette méthode. Plus de 20 plantes compagnes différentes ont été testées, par exemple le sarrasin, la caméline, l’avoine et le seigle d’automne, d’autres céréales et des mélanges. La technique de semis simultané du soja et des autres plantes a été peaufinée, afin de semer les plantes compagnes (à des densités faibles, ne freinant pas trop la croissance du soja) et le soja en même temps. Les plantes compagnes étaient implantées sur la ligne de semis du soja ou juste à côté (à 4cm), pour pouvoir sarcler l’interligne et couper la capillarité du sol.
Sept ans d’essais ont montré qu’il est difficile de trouver les techniques de soja associé qui permettent une bonne maîtrise des adventices sur la ligne la plupart des années, sans trop freiner la croissance et le rendement du soja. Les dernières années climatiquement très chaotiques, de très humide à très sec, n’ont pas facilité la chose. En année très sèche comme 2015, le soja a énormément souffert de la concurrence des plantes compagnes.

Soja et caméline, 31.07.2015. La caméline est située de part et d’autre de la ligne de sarrasin, l’interligne a été sarclé, la culture est relativement propre. Mais dans ce champ et dans les conditions hyper sèches de 2015, tous les sojas associés ont eu une perte de rendement de 70 % en comparaison du soja en culture pure. (Photo : FiBL, Maurice Clerc)

Avoine d'automne semé en même temps que le soja, à proximité de la ligne de soja. L'interligne est sarclé. C'est le 27.06.2014, le soja souffre du sec. Photo: FiBL, Maurice Clerc

Soja et sarrasin, le 20.08.2016. L’année 2016 fut très humide. Dans ce champ, et dans les conditions très humides de 2016, seul le sarrasin permit de contenir un tant soit peu les adventices. Photo: FiBL, Maurice Clerc
Pour en savoir davantage
Soja bio: rapports des essais (rubrique "Cultures" sur ce site internet)
Des résultats d'essais sur le soja associé et les sous-semis figurent dans les rapports de 2011 à 2017.
Le semis direct

... et parfois, les semis directs de soja sont très propres comme ici, mais il est difficile de prévoir le résultat à l'avance. (Ici, deux variétés de soja à maturité différente sont l'unes à côté de l'autre.) Photo: (c) FiBL, Maurice Clerc
Il est testé en bio en particulier en Allemagne du Sud dans la Plaine du Rhin. Des couverts hivernants (seigle ou orge d’automne) sont roulés au rouleau faca avant un semis direct à mi-mai. Puis aucun désherbage n’a lieu. Dans les essais de 2014 à 2017, les rendements étaient de 20 à 40 % inférieurs à ceux des semis sur travail du sol, mais entraînaient bien sûr une baisse des coûts. Les problèmes étaient classiques : difficulté à semer le soja à travers l’épaisse couche du couvert roulé, dégâts occasionnels de limaces, manque d’eau à la levée en année sèche, propreté de la culture pas toujours garantie jusqu’à la récolte, succès dépendant de la parcelle et du climat de l’année. Chez les bio d’Allemagne du Sud, cette technique est appréciée sur les parcelles éloignées ou difformes, difficiles à sarcler correctement, et sur les parcelles avec risques d’érosion. Mais il faut impérativement que la structure du sol soit bonne et que la pression en adventices soit faible. Les fermes avec de de fortes pointes de travail (par exemple avec vignes) apprécient le soja cultivé en semis direct. En conclusion, les résultats de semis directs de soja sont très variables d’une année et d’une parcelle à l’autre ; mais si la plupart des facteurs favorables nécessaires sont réunis (ce qui est rare), ils peuvent réussir ou au moins être intéressant pour certains types de fermes.
Pour en savoir davantaget:Résultats des essais de 2014 à 2017 (dans la Plaine du Rhin, Allemagen du Sud; en allemand)
La culture-relai

Récolte du blé, fauche assez haute pour ne pas nuire au soja qui est caché dans le blé. Ce soja est étiolé, il a manqué de lumière, son rendement sera très faible. Et il y a aussi des adventices. Photo: Patrice Marmy, agriculteur, 1470 Estavayer-le-Lac FR
Elle consiste à semer en direct du soja au mois de mai dans du blé d’automne en croissance, par exemple. Après la récolte du blé suivra celle du soja en automne. Pratiquée à l’étranger, surtout avec herbicides et sur blés probablement très courts, elle en est à ses balbutiements en Suisse et en bio, quelques agriculteurs l’ont testée sur de petites surfaces mais sans succès pour le moment. En Suisse, il reste énormément à faire pour pouvoir recommander cette technique dans la pratique.
Pour en savoir davantage
Culture-relai: Soja associé: trier plutôt que désherber? (Site internet "Agriculture de conservation", texte de 2014; aller au milieu de la page et lire le chapitre: "Soja en culture-relai du blé")
Le semis du soja au semoir à céréales

Soja et avoine semés en mélange au semoir à céréales, interligne de 15 cm. On est en 2015, il a fait très sec, le soja a souffert de la concurrence pour l'eau de l'avoine . Le champ est assez propres mais il n'y a presque pas de soja à récolter. Photo: FiBL, Maurice Clerc
Ce type de semis se fait avec des interlignes étroits (12 à 17 cm), qui ne permettent qu’un désherbage à la houe rotative, la herse-étrille ou la herse-étrille rotative. Or l’absence de sarclage ne permet pas une maîtrise sûre des adventices dans un tel soja, cette technique de semis ne peut donc pas être recommandée.
Pour en savoir davantage sur les risques de ce semis:
Semis du soja (rubrique "Cultures" sur ce site internet)
Soja en 2ème culture, semis de juin-juillet
Cette technique permet de produire avant tout du soja fourrager, avec des variétés très précoces à rendement très modeste. Avec l’augmentation du nombre d’étés chauds et secs, cette technique peut donner un résultat très aléatoire, en l’absence d’une irrigation qui ne sera pas forcément rentable.
Conclusion
Ces deux dernières techniques ne peuvent être recommandées que dans des conditions très particulières : parcelles très propres, sols profonds et bien structurés, irrigation, … . Les essais vont se poursuivre pour trouver des améliorations à ces techniques.