Le mois de mars a été marqué par la Journée des Grandes cultures bio à Courtételle JU ainsi que l'atelier "Agriculture biologique de conservation" à Grange Verney VD. L'occasion pour Benjamin Reichlin, en charge de cette thématique pour le FiBL Suisse romande, d'évoquer les principales thématiques de recherche actuelles au ein de son département.
Lors de la récente journées des Grandes cultures bio, vous avez effectué un point de situation sur les marchés et passé en revue des défis actuels liés aux grandes cultures biologiques. Mais quelles sont les grandes thématiques sur lesquelles le FiBL Suisse romande travaille actuellement ?
Benjamin Reichlin: L'ABC, ou agriculture biologique de conservation, est l'un de nos principaux chantiers. Il s'agit notamment de déterminer comment concilier qualité des sols et agriculture biologique. Il faut rappeler que le FiBL Suisse romande accompagne ce mouvement depuis sa naissance.
Nombre d'agriculteurs pratiquant l'agriculture de conservation sont en effet passés au bio sur les vingt dernières années, pour des raisons philosophiques, économiques ou techniques. Ils se sont retrouvés face à des impasses techniques et dans l'obligation de retravailler les sols.
Quel est dès lors votre rôle ?
Pas question d'appliquer des recettes toutes faites. Outre observer et répertorier les pratiques, nous accompagnons les essais à l'échelle individuelle, au cas par cas, afin de déterminer les conditions de réussite de l'agriculture biologique de conservation.
Nous effectuons un suivi de nombreuses parcelles sur trois ans en se concentrant sur les paramètres dynamiques du sol (matière organique, pH, etc.) et le développement des adventices. En parallèle, une analyse systématique microbiologique et de la macrofaune est effectuée.
L'ABC, c'est donc la rencontre de ces deux mouvements, agriculture de conservation et agriculture biologique, qui empruntent des chemins différents mais possèdent la même finalité et les mêmes objectifs : concevoir des solutions techniques contre le salissement des parcelles et la gestion en général des adventices dans les rotations. Cela passe par la compréhension de la dynamique de vie des sols, l'intégration de cultures intercalaires pour gérer le salissement et les adventices et naturellement, la gestion des rotations et des couverts.
Justement, où en sont vos projets relatifs à cette thématique stratégique des couverts végétaux?
Actuellement, nous travaillons à déterminer quelles sont les meilleures stratégies de couverture : comment adapter ce choix de couverture aux conditions de culture biologique, pour quel mélange opter, etc. Nous disposons de plateformes d'essai expérimental, en collaboration avec AgriGenève, qui a développé différents mélanges, afin de définir ces critères de choix et d'offrir plus d'outils de décision aux praticiens.
Avec le projet InterCropValues, le FiBL Suisse romande est également actif à l'échelle internationale. Quel est l'intérêt ?
Le projet ICV vise à mieux comprendre les interactions entre les cultures associées ainsi que les effets de ce type de plantes compagnes sur la qualité du sol et la biodiversité. C'est une chance de pouvoir contribuer comme de nombreux autres pays à cette recherche de très grande envergure. A l'échelle mondiale, le pourcentage de terres cultivées avec des plantes associées est totalement anecdotique, alors que les bénéfices sont prouvés et qu'elles constituent une vraie piste face au défi climatique ! De notre côté, nous consacrons une dizaine de parcelles situées sur l'arc lémanique aux associations blé – féverolle et blé – pois.
Vous défendez une approche « on-farm » pour vos recherches. En quoi cela consiste ?
C'est le dénominateur commun de nos pratiques scientifiques. La recherche « on farm » permet, outre le fait de nous faire accéder à de multiplies sites d'expérimentation, de rassembler de nombreuses données, d'observer la mise en application des projets dans différents contextes pédo-climatiques, et au final de faire de nos partenaires agriculteurs de véritables prescripteurs. Il est aussi important de faire passer nos idées et projets de développement par le « filtre » agriculteurs. S'ils n'en voient pas l'intérêt technique ou économique, il sera difficile de les faire adopter. Ce qui est indispensable et essentiel à tous nos projets, notre mission étant de faire adhérer les gens à ces nouvelles pratiques.
Propos recueillis par Claire Berbain
Pour en savoir plus
Projet Adventisol (page FiBL)
Projet InterCropValues (page FiBL)
Projet Couverts végétaux (page FiBL)